[CITOYEN] Quand nos élèves deviennent journalistes à France TV !
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Vendredi, dans le cadre de la Semaine de la presse et des médias dans l’école, nous avons eu l’opportunité, grâce au CLEMI Versailles, de faire partie intégrante de l’équipe de journalistes de « C Quoi l’Info ? », un média numérique diffusé sur les réseaux sociaux, rattaché à France Info et destiné principalement aux adolescents. Cette immersion nous a permis de découvrir concrètement le fonctionnement d’une rédaction tournée vers les réseaux sociaux et spécialisée dans la vulgarisation de l’actualité.
« C Quoi l’Info ? » se donne pour mission d’expliquer l’actualité générale de manière claire et accessible, tout en traitant des sujets qui concernent directement les jeunes ainsi que des tendances issues des réseaux sociaux. À travers des formats courts et dynamiques, comme des vidéos explicatives, des micro-trottoirs ou des interviews, l’équipe cherche à rendre l’information compréhensible et engageante pour son public.
Au cours de cette visite, nous avons pu observer l’organisation d’une journée de travail type et, surtout, la fabrique de l’information. Celle-ci commence par une veille éditoriale, suivie d’une conférence de rédaction durant laquelle les sujets du jour sont sélectionnés. C’est donc dans les transports en commun, depuis Rueil-Malmaison jusqu’au siège de France Télévisions, que nous avons commencé à prendre du recul sur l’actualité : une information est dite « chaude » lorsqu’elle est récente et encore peu traitée ; une autre est « froide » lorsqu’elle a déjà plus de 36 heures. Adiouma propose un sujet, validé par la rédactrice en chef, Aurore Teboul, qui en suggère également un autre : l’affaire Xavier Dupont de Ligonnès.
Deux journalistes ont accompagné nos deux groupes d’élèves de 2GT2 afin de rédiger les textes et d’effectuer des recherches d’images pour illustrer les sujets. Un premier groupe, composé d’Imane, Lilou et Mila, accompagné de Nacer Boubekeur et Axel, a travaillé sur une photo prise au Texas, supposée attester de la présence de Xavier Dupont de Ligonnès aux États-Unis. L’autre groupe, avec Camille, Elora et Adiouma, encadré par Marianne, s’est penché sur un sujet plus sensible : le port d’armes par la police de proximité. Un sujet polémique qui anime aujourd’hui de nombreux plateaux de chaînes d’information en continu, après les propos du nouveau maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, qui souhaite éviter l’usage des LBD dans sa commune.
Pour le premier groupe, tout va très vite : l’enregistrement en studio est réalisé avant le déjeuner. Pour le second, le sujet nécessite davantage de recul. Les journalistes encadrantes, Marianne Théoleyre et Lucie Rivière, s’attachent alors à faire comprendre les exigences du travail journalistique, notamment les leviers qui permettent de traiter un sujet en respectant la déontologie. La difficulté est là : ne pas prendre parti, mais proposer des éléments qui permettent d’ouvrir un débat. Après la pause, Camille identifie une faiblesse dans le traitement : le texte doit être remanié. Lors de la validation par la rédactrice en chef, un nouveau manque est relevé, ainsi qu’un raccourci pouvant laisser entendre une orientation. Le journaliste se doit d’être impartial et neutre. Lorsque Adiouma passe devant la caméra, aucun parti pris ne peut être avancé.
À la sortie du studio, malgré la fatigue, les élèves se félicitent : « Avec ça, si on ne perce pas… », un véritable shot d’adrénaline. Percer sur les réseaux, c’est occuper l’espace, capter l’attention, accumuler les vues et les « likes ». Le sujet passe ensuite à l’étape du montage et prend la forme attendue sur les plateformes : un format court, rythmé, calibré pour des réseaux comme TikTok ou Instagram, avec des sous-titres dynamiques, des images rapides, un habillage visuel efficace et un message immédiatement compréhensible.
L’après-midi a donc été consacrée à l’enregistrement, au montage, à la création des titres et des éléments visuels, avant la validation finale et la publication des contenus. Une dernière relecture par la rédaction permet de prendre du recul, puis vient la validation définitive des sujets par la rédactrice en chef.
Durant cette journée, nous avons également découvert les différents métiers qui composent l’équipe : journalistes présentateurs, journalistes desk, monteurs spécialisés en motion design et rédactrice en chef. Nous avons également jeté un œil aux plateaux télé et nous nous sommes aventurés dans les rédactions de France TV.
Au-delà de la fabrication de l’information et des enjeux liés à sa diffusion sur les plateformes numériques, cette expérience a mis en lumière l’importance de rendre l’actualité accessible à tous, en particulier à nos élèves. Les journalistes sont attentifs aux éléments de langage employés par chacun, ils s’en imprègnent afin peut-être de mieux se faire entendre. Cela passe aussi par des formats innovants et pédagogiques qui développent l’esprit critique de nos apprenants. On regrettera peut-être que cette expérience n’ait profité qu’à une seule partie de la classe média de Gustav’, mais, au regard de l’implication des journalistes et de toute la rédaction, on comprend qu’il serait difficile de faire participer davantage d’élèves, tant les opinions et les points de vue sont tout aussi nombreux et nécessitent d’être accompagnés. Si les techniques de montage nous étaient plus accessibles, on pourrait imaginer que le petit groupe ayant vécu cette expérience à France TV transmette ses savoirs à ses camarades.
Malgré l’investissement et l’enthousiasme des élèves, les sujets n’ont pas « percé ». On peut alors s’interroger : pourquoi ? On pourrait ici questionner le rôle des plateformes et leur fonctionnement, mais nous nous focaliserons sur le choix des sujets. Adiouma le disait d’ailleurs en conférence de rédaction : « Si on ne fait pas un sujet sur le foot, ça ne percera pas ». Sur TikTok, un utilisateur commentait l’un des deux papiers : « Évidemment, c’est le bon contenu qui ne perce pas… ». La neutralité, sur des sujets clivants, trouve difficilement sa place sur des réseaux où dominent des contenus plus tranchés, qui engagent davantage les publics (jeunes et surtout moins jeunes), et où l’esprit critique, ainsi que le recul nécessaire pour comprendre notre monde commun, peinent aujourd’hui à s’imposer. C’est précisément à cet endroit que réside la nécessité.